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Peau d’âne, poème expansé

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Editions Trouvères & compagnie, Lille 2008

Il était une fois… Peau d’âne
Il était une fois une reine mourante qui fait promettre au roi qu’il ne se remarierait qu’avec princesse plus belle et plus sage qu’elle. Le roi, d’abord veuf éploré, songe assez vite à convoler, mais comment ? Las de chercher, c’est au coeur même de son château qu’il trouve princesse plus belle et plus sage : sa fille ! Pour échapper aux desseins paternels, la jeune fille consulte sa marraine, la fée des lilas, qui n’est pas à cours d’idées. Le chemin du conte est tortueux – qui reconnaîtrait une princesse sous la peau de l’âne ? Un prince charmant, bien sûr…

Peau d’âne, depuis Perrault…

Depuis des lunes, les contes se transmettent et circulent. Perrault et son fils en ont fixé une dizaine en les écrivant ; la postérité n’a gardé que le nom du père. La reprise de Poucet, Peau d’âne, ou Chaperon rouge, est indéfinie et permanente ( films, réécritures, opéra…), et échappe aux édulcorations successives (du ‘mignon’ au ‘sans saveur’) dans lesquelles on a pu les enfermer.
Ainsi, quand Jacques Demy, de retour des Etats-Unis au début des années 70, projeta de réaliser Peau d’âne , il eut bien du mal à convaincre des producteurs – Walt Disney n’était-il pas là pour cantonner l’adaptation du conte à un produit commercial pour enfants ? Heureusement, Jean Marais et Catherine Deneuve n’hésitèrent pas un instant, et soutinrent Jacques Demy, qui put tourner sa version de Peau d’âne : un film sur le désir – ses inconvenances, sa brutalité, ses rutilances, ses péripéties – pour tous les amateurs de cinéma. Et pour tous les amateurs du conte, jeunes et moins jeunes confondus.
Quand Sylvie Nève réécrit Peau d’âne, elle commence par relire la version de Charles Perrault, et, poète, elle réécrit le conte en vers – pour tous ceux, moins jeunes, ou jeunes, qui veulent entendre et lire de la poésie tramant l’histoire et la langue du désir, ses rebondissements, ses tours et ses détours.

Bien qu’édulcorées au fil des éditions, les versions successives ne sont pas parvenues à rendre le conte tout à fait lisse, destiné aux seules oreilles enfantines – comme si les enfants s’en laissaient conter. En outre, quand Perrault amena le recueil à la Cour, la Grande Mademoiselle, à qui le recueil était dédié, n’était plus du tout une petite fille : la princesse avait 19 ans, et son charme et sa vivacité d’esprit étaient connus et appréciés… Perrault n’amène pas à la Cour des petites histoires lisses à l’usage des plus jeunes.

Remettons un peu les pendules des contes à l’heure : d’une part, les plus jeunes ne sont pas ignorants des rugosités et des dissonances de la vie – maltraitance, mort, inceste, etc. ; d’autre part, les plus âgés ne détestent pas se rappeler que, malgré les rugosités et les dissonances, réelles et fantasmées, ils ont trouvé leur chemin.

Extrait

Il était une fois
poils, cailloux
bijoux, fées, foi d’animal
roi et reine aux temps chauds
ne songeant qu’au
bonheur.

Il était une fois
un roi grand, aimant
sa bien-aimée, reine
union oh parfaite
enfant désiré qui naquit
fille.

Une fille !
Douce
douée
une fille
douce douée
de tant de grâces
et de charme
– oh l’unique fruit
de leur consentiment !

Il était une fois un homme, une femme
roi, reine, une enfant
belle enfant, douce peau
trop jeune, seule, pour perdre ses rêves.
Ils étaient fort riches
bijoux, cigogne, loups anciens
ce roi, cette reine, et leur fille
rêvaient richement.

Mais destin, destin
est seulement maître !

Il était une fois bonheur, magnificence, union parfaite
tendre hyménée, belle enfant, seul fruit
de ce mariage, si douée, charmante
et belle, et un palais, et des ministres
sages, habiles, vertueux
et courtisans, et abondance
et fidélité, sagesse, vertu
et un âne.

Un âne
pas comme les autres
un âne
hi-han
ne chiant
pas comme les autres
un âne
chi-ant
magique-ment
en ce temps là
un âne
hi-han
chi-ant
nulle
ordure !

Duo Peau d’âne

Une création dans le cadre de la 3è édition du Festival Les Chimères de Bernicourt, le 8 mai 2008 à Roos-Warendin

Sylvie Nève : poète, lecteur
Sylvie Reynaert : compositeur, percussionniste

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langue, lames, peaux
poésie, conte, vibraphone, accessoires

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Il était une fois…
un duo à fleur de peaux


J’écris par la bouche

J’écris  
par la 
par le 
par ci 
par là 
de-ci 
par ici 
par ceci 
par cela 
par delà 
par dessous 
par étapes 
de bon gré 
malgré ce 
tout cela 
que je me 
là depuis 
bien longtemps 
c’est pourtant 
chaque fois 
un temps 
pas le temps 
chaque jour 
il est temps 
et bien temps 
je tiens bon 
c’est trop tard 
taraudée 
marathon 
toujours trop 
mais tant que 
par la voix 
parcheminent 
mes écrits 
donc je ris 
donc je crie 
ça j’écris 
    
  
J’écris 
par Rimbaud 
Baudelaire 
Sigmund Freud 
Paul Verlaine 
Franz Kafka 
Gertrude Stein 

B. Heidsieck 
Marcel Schwob 
Bobillot Robbe-Grillet 

Diderot 
Jean Bodel 
Jean Racine 

Jean-Baptiste 

Poquelin 
dit Molière 
et Montaigne 
Mallarmé 
Marguerite 
Moreno 
Marguerite 
de Navarre 
et Turold 
  
    
J’écris 
de par qui 
de par quoi 
de partout 
de parmi 
depuis tant 
de toute part 
de jadis 
de sitôt 
de tout coeur 
de mon sexe 
de savoir 
de vouloir 
de penser 
d’un certain 
ton de dire 
de la vie 
de ce que 
de chez moi 
de mon âge 
de ne plaire 
d’accommo- 
der ma face 
de mots mauves 
d’idées fauves 
c’est-à-dire 
d’idées rauques 
animées 
  
… 
Début du poème inédit J’écris par la bouche

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