- Comptes-rendus (3)
- Livres (4)
- Photos (3)
- Spectacles (6)
- Textes (2)
- Uncategorized (1)
- Vidéos (2)
- 12.7.2008: Mettre des mots sur ça
- 21.6.2008: Marché de la poésie
- 25.5.2008: Mireille Desideri et Sylvie Nève
- 18.5.2008: Peau d'âne, poème expansé
- 13.5.2008: Questions à Arthur Rimbaud
- 21.3.2008: Vers de terre
- 21.3.2008: BANDE DE GAZA, oratorio
- 21.3.2008: Erotismées
- 21.3.2008: J'écris par la bouche
- 9.3.2008: Poème du petit Poucet
BANDE DE GAZA, oratorio

Compte-rendus
Oratorio 2007, par Charles-Louis Martineau
Arras, ex-belle endormie provinciale, un samedi soir, qui est aussi un début de vacances scolaires, alors que la douceur printanière incite plutôt à la flânerie, le théâtre rénové connaît une affluence particulière.
On y donne, en création, Bande de Gaza, oratorio sur textes d’une poétesse, Sylvie Nève, connue, entre autres, pour ses recherches sur les trouvères.
Miracle d’une médiatisation inattendue ou exiguïté d’une salle souterraine et spartiate, c’est complet et, renseignements pris, c’était la même chose la veille.
Le public, accueilli d’un « vous n’êtes pas ici pour le confort, c’est 4 par banquette ! », se serre et des coussins sont fournis aux surnuméraires installés sur les marches.
Le murmure d’avant spectacle s’installe, salmigondis ordinaire de récits des désillusions du quotidien et des mesquineries toujours curieusement collatérales.
L’espoir d’un moment de distraction, sans prise de tête, avant la petite bouffe entre amis et, ou, le retour au bercail, sens heureusement apaisés.
L’obscurité se fait, le silence aussi, un rideau s’écarte, un rai de lumière nous découpe la frêle silhouette de l’auteur qui, payant de sa personne, nous installe d’une lecture appliquée dans son monde.
Foin des craintes de prise de tête, ce sont nos tripes que le texte capture, noue jusqu’aux profondeurs telluriques, point de rencontre des continents, plissements des plaques tectoniques, failles, crevasses, géographie tourmentée, peu à peu se déchiffre un palimpseste de l’humanité, où se mêlent strates de géopolitique bégayante et constellations minérales.
Palimpseste, Palestine, tout commence, tout s’y trouve, tout s’y lit.
Et nous annonce ce qui va suivre : Gaza, la bande de Gaza.
Fondu au noir.
Un dispositif minimal se met en place; deux musiciens, quatre récitants, et la gaze, évident symbole de la détresse des corps et phonème de l’horreur, gaze, gaz, Shoah, Gaza, vont nous déporter sur les territoires d’une absurdité patiemment construite, jour après jour.
D’abord, la musique, Eric Daubresse, qui va couler dans l’espace de la salle, presque au delà des murs, la percussionniste, Sylvie Reynaert, chorégraphiant ses frappes, quand le violoncelliste, Fabrice Bihan, oscille sur son instrument. S’agissant de professeurs de conservatoire, on se dit qu’il y a des élèves qui ont bien de la chance.
Puis, la scansion monte en gamme, d’un « gaze-ouillis » autour de l’enfant réfugié, aux variations sur gaze-bande, souffrances, partitions, qui depuis vingt cinq siècles déchirent l’azur méditerranéen.
Gaza-lambeau, Gaza-cheville-ouvrière, Gaza-levier du désordre planétaire.
Nous, spectateurs ? acteurs consentants ? de la spirale de « l’autour », n’est ce point, dans un autre contexte, le nom d’un rapace, de l’autour donc, « toutotour » de Gaza, une litanie de peuplades s’égrène, comme autant de notes sorties d’une « partition », c’est bien le mot, frappes sur les peuples-touches d’un xylophone planétaire.
Sont-ils concernés, les Chypriotes ? Sont-elles concernées, les sous catégories ethniques, religieuses ? Au delà des premières lignes oubliées de samaritains ou de nabatéens, l’ »homme », nous, donc, a-t-il encore un reste de pouvoir ou de dignité pour ne plus se satisfaire de la fatalité médiatique qui, chaque jour, nous déverse les images de l’inacceptable-accepté, Gaza, Darfour, Guantanamo, famines, otages, gestion politique du massacre.
Et en plus, scandale, au moment du repas !
Au delà de l’absurde géographique ou historique, de la non-vie au quotidien des Gazaouis, toutes choses que Sylvie Nève nous narre avec empathie, les mots ont-ils encore un sens, une force, autre que phonétique ou poétique.
Mots égrenés, ensuite, hasard du sens, sens du hasard, y a-t-il une écriture automatique ?
Mots constellation, comme le livret du spectacle nous le montre à l’évidence, mais où sont les clés, permettant de déchiffrer cette carte d’un ciel.
Quel mot sera notre étoile polaire ?
La suite de l’oratorio reprendra le « toutautour » de Gaza pour une fin inattendue, diseurs et musiciens s’improvisant mer, marée, vague pour une ultime mise en abyme-libération.
Certains spectateurs au bord des larmes, d’autres reprenant le souffle qui leur a manqué, longtemps cette évidence les poursuivra,
Tout autour de Gaza, il y a des gens …
***
Journal La terrasse
http://www.journal-laterrasse.com
par A. Pecqueur
” Bande de Gaza
Rencontre émouvante entre la musique d’Eric Daubresse et la poésie de Sylvie Nève.
En plein conflit israélo-palestinien, créer une œuvre sur la bande de Gaza constitue un acte à la fois courageux et périlleux. Assistant musical à l’Ircam, Eric Daubresse a imaginé une sorte d’oratorio où les chanteurs alternent voix parlées et chantées. Une idée qui se marie parfaitement avec la poésie de Sylvie Nève, oscillant entre inflexions lyriques et précisions géopolitiques. En évoquant un « orient désorienté » ou en comparant la carte géographique de la région à une « peau de léopard », l’auteur prouve également un certain sens de la formule. Mais on retient avant tout la scène où sont recensées les différentes populations présentes à Gaza, depuis les Wahhabites jusqu’aux Turkmènes. Ce « catalogue » crée un effet sonore pleinement efficace.
Très beau contrepoint instrumental
Souples et justes (bien que parfois un peu scolaires), les quatre solistes vocaux (Donatienne Michel-Dansac, Valérie Chouanière, Isabelle Soccoja et Ludovic Montet) se montrent rompus à la technique d’écriture contemporaine. D’autant que la partition d’Eric Daubresse déploie un langage micro-tonal particulièrement exigeant. Flirtant avec différents styles, Bande de Gaza se perd parfois dans un traitement à la « Swingle Singers ». Heureusement, Eric Daubresse livre un très beau contrepoint instrumental, avec l’apport du violoncelle et de la percussion. L’archet suggestif de Fabrice Bihan fait naître des lamentations d’une grande beauté tragique. Quant aux rythmes obsédants d’une percussion pléthorique, ils sont exécutés avec alacrité par Sylvie Reynaert. La partie électronique parfois envahissante n’entache néanmoins pas la dimension hypnotique de cette œuvre profondément humaine. “
***
Gazouillis
Le murmure des mots
“Gaza, Gaza, oui ! Un habitant de là s’appelle un Gazaoui gazaoui au monde un Gazaoui - c’est qui ? Un Gazaoui - c’est lui ?”
Les voix de soprano, mezzo-soprano et baryton disent, chantent le poème de Sylvie Nève : “Bande de Gaza”.
Les percussions et le violoncelle soulignent tantôt le récit, tantôt la mélopée de ce quatuor vocal qui se produit sur une musique d’Éric Daubresse dans une petite salle d’un théâtre de banlieue.
Gaza, bande de terre coincée entre l’État d’Israël et la mer, Gaza surpeuplée, envahie par la pollution, qui n’a presque plus d’eau douce et dont la clameur retentit dans le monde entier.