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Vers de terre

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Mont-Saint-Éloi, un dimanche à la campagne (62)

dimanche 26 août 2007
Lucien Suel + Sylvie Nève
partenariat de ACTe et Musique en roue libre

Argument

Mont-Saint-Éloi, village qu’on ne présente plus sur la chaussée Brunehaut, accueille le festival « Ruréalités ». Poésie, musique et performances sont au menu.
Dès 10 h 30 dans l’église d’Écoivres-Mont-Saint-Éloi, lecture poétique avec Lucien Suel : un poème inédit sur Mont-Saint-Éloi. « Mont-Saint-Éloi, Lucien lira ensuite des extraits de « Canal Mémoire ».
Toujours dans l’église à 11 h, concert « clavecin et flûte à bec, baroques et contemporains ». À 12 h 15, Sylvie Nève s’installe entre l’église et les tours pour une lecture-performance poétique. Suivent le repas et des petites formes musicales avant un concert au bistrot : « Vagabondages » à l’Auberge de l’abbaye. Lucien Suel revient à 16 h pour une performance poétique avec notamment un hommage à François Hennebique, originaire de Neuville-Saint-Vaast et inventeur du béton armé. N’oublions pas la vente aux enchères du livre de M.-C. Dubois à l’Auberge de l’abbaye. Saxophones et clarinette se hissent à 17 h 30 sur la ruine perchée ; concert de clôture à 17 h 30 dans l’église de Mont-Saint-Éloi : « Musique en roue libre » (Biber, Bach, Brahms…).
Ce dimanche à la campagne s’achève en beauté et en… « bal bœuf Renaissance » à l’Auberge de l’abbaye !

Reportage

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Lucien Suel complètement piquet !

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Sylvie Nève lit et plante ses vers de terre…

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Poème “concret” de Sylvie Nève

BANDE DE GAZA, oratorio

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Compte-rendus

Oratorio 2007, par Charles-Louis Martineau

Arras, ex-belle endormie provinciale, un samedi soir, qui est aussi un début de vacances scolaires, alors que la douceur printanière incite plutôt à la flânerie, le théâtre rénové connaît une affluence particulière.

On y donne, en création, Bande de Gaza, oratorio sur textes d’une poétesse, Sylvie Nève, connue, entre autres, pour ses recherches sur les trouvères.

Miracle d’une médiatisation inattendue ou exiguïté d’une salle souterraine et spartiate, c’est complet et, renseignements pris, c’était la même chose la veille.

Le public, accueilli d’un « vous n’êtes pas ici pour le confort, c’est 4 par banquette ! », se serre et des coussins sont fournis aux surnuméraires installés sur les marches.

Le murmure d’avant spectacle s’installe, salmigondis ordinaire de récits des désillusions du quotidien et des mesquineries toujours curieusement collatérales.

L’espoir d’un moment de distraction, sans prise de tête, avant la petite bouffe entre amis et, ou, le retour au bercail, sens heureusement apaisés.

L’obscurité se fait, le silence aussi, un rideau s’écarte, un rai de lumière nous découpe la frêle silhouette de l’auteur qui, payant de sa personne, nous installe d’une lecture appliquée dans son monde.

Foin des craintes de prise de tête, ce sont nos tripes que le texte capture, noue jusqu’aux profondeurs telluriques, point de rencontre des continents, plissements des plaques tectoniques, failles, crevasses, géographie tourmentée, peu à peu se déchiffre un palimpseste de l’humanité, où se mêlent strates de géopolitique bégayante et constellations minérales.

Palimpseste, Palestine, tout commence, tout s’y trouve, tout s’y lit.

Et nous annonce ce qui va suivre : Gaza, la bande de Gaza.

Fondu au noir.

Un dispositif minimal se met en place; deux musiciens, quatre récitants, et la gaze, évident symbole de la détresse des corps et phonème de l’horreur, gaze, gaz, Shoah, Gaza, vont nous déporter sur les territoires d’une absurdité patiemment construite, jour après jour.

D’abord, la musique, Eric Daubresse, qui va couler dans l’espace de la salle, presque au delà des murs, la percussionniste, Sylvie Reynaert, chorégraphiant ses frappes, quand le violoncelliste, Fabrice Bihan, oscille sur son instrument. S’agissant de professeurs de conservatoire, on se dit qu’il y a des élèves qui ont bien de la chance.

Puis, la scansion monte en gamme, d’un « gaze-ouillis » autour de l’enfant réfugié, aux variations sur gaze-bande, souffrances, partitions, qui depuis vingt cinq siècles déchirent l’azur méditerranéen.

Gaza-lambeau, Gaza-cheville-ouvrière, Gaza-levier du désordre planétaire.

Nous, spectateurs ? acteurs consentants ? de la spirale de « l’autour », n’est ce point, dans un autre contexte, le nom d’un rapace, de l’autour donc, « toutotour » de Gaza, une litanie de peuplades s’égrène, comme autant de notes sorties d’une « partition », c’est bien le mot, frappes sur les peuples-touches d’un xylophone planétaire.

Sont-ils concernés, les Chypriotes ? Sont-elles concernées, les sous catégories ethniques, religieuses ? Au delà des premières lignes oubliées de samaritains ou de nabatéens, l’ »homme », nous, donc, a-t-il encore un reste de pouvoir ou de dignité pour ne plus se satisfaire de la fatalité médiatique qui, chaque jour, nous déverse les images de l’inacceptable-accepté, Gaza, Darfour, Guantanamo, famines, otages, gestion politique du massacre.

Et en plus, scandale, au moment du repas !

Au delà de l’absurde géographique ou historique, de la non-vie au quotidien des Gazaouis, toutes choses que Sylvie Nève nous narre avec empathie, les mots ont-ils encore un sens, une force, autre que phonétique ou poétique.

Mots égrenés, ensuite, hasard du sens, sens du hasard, y a-t-il une écriture automatique ?

Mots constellation, comme le livret du spectacle nous le montre à l’évidence, mais où sont les clés, permettant de déchiffrer cette carte d’un ciel.

Quel mot sera notre étoile polaire ?

La suite de l’oratorio reprendra le « toutautour » de Gaza pour une fin inattendue, diseurs et musiciens s’improvisant mer, marée, vague pour une ultime mise en abyme-libération.

Certains spectateurs au bord des larmes, d’autres reprenant le souffle qui leur a manqué, longtemps cette évidence les poursuivra,

Tout autour de Gaza, il y a des gens …

***

Journal La terrasse
http://www.journal-laterrasse.com
par A. Pecqueur

” Bande de Gaza

Rencontre émouvante entre la musique d’Eric Daubresse et la poésie de Sylvie Nève.

En plein conflit israélo-palestinien, créer une œuvre sur la bande de Gaza constitue un acte à la fois courageux et périlleux. Assistant musical à l’Ircam, Eric Daubresse a imaginé une sorte d’oratorio où les chanteurs alternent voix parlées et chantées. Une idée qui se marie parfaitement avec la poésie de Sylvie Nève, oscillant entre inflexions lyriques et précisions géopolitiques. En évoquant un « orient désorienté » ou en comparant la carte géographique de la région à une « peau de léopard », l’auteur prouve également un certain sens de la formule. Mais on retient avant tout la scène où sont recensées les différentes populations présentes à Gaza, depuis les Wahhabites jusqu’aux Turkmènes. Ce « catalogue » crée un effet sonore pleinement efficace.

Très beau contrepoint instrumental

Souples et justes (bien que parfois un peu scolaires), les quatre solistes vocaux (Donatienne Michel-Dansac, Valérie Chouanière, Isabelle Soccoja et Ludovic Montet) se montrent rompus à la technique d’écriture contemporaine. D’autant que la partition d’Eric Daubresse déploie un langage micro-tonal particulièrement exigeant. Flirtant avec différents styles, Bande de Gaza se perd parfois dans un traitement à la « Swingle Singers ». Heureusement, Eric Daubresse livre un très beau contrepoint instrumental, avec l’apport du violoncelle et de la percussion. L’archet suggestif de Fabrice Bihan fait naître des lamentations d’une grande beauté tragique. Quant aux rythmes obsédants d’une percussion pléthorique, ils sont exécutés avec alacrité par Sylvie Reynaert. La partie électronique parfois envahissante n’entache néanmoins pas la dimension hypnotique de cette œuvre profondément humaine. “

***

Gazouillis
Le murmure des mots

“Gaza, Gaza, oui ! Un habitant de là s’appelle un Gazaoui gazaoui au monde un Gazaoui - c’est qui ? Un Gazaoui - c’est lui ?”

Les voix de soprano, mezzo-soprano et baryton disent, chantent le poème de Sylvie Nève : “Bande de Gaza”.

Les percussions et le violoncelle soulignent tantôt le récit, tantôt la mélopée de ce quatuor vocal qui se produit sur une musique d’Éric Daubresse dans une petite salle d’un théâtre de banlieue.

Gaza, bande de terre coincée entre l’État d’Israël et la mer, Gaza surpeuplée, envahie par la pollution, qui n’a presque plus d’eau douce et dont la clameur retentit dans le monde entier.

> lire la suite

Erotismées

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 paru en 2006

A commander aux Ateliers de l’Agneau

J’écris par la bouche

J’écris  
par la 
par le 
par ci 
par là 
de-ci 
par ici 
par ceci 
par cela 
par delà 
par dessous 
par étapes 
de bon gré 
malgré ce 
tout cela 
que je me 
là depuis 
bien longtemps 
c’est pourtant 
chaque fois 
un temps 
pas le temps 
chaque jour 
il est temps 
et bien temps 
je tiens bon 
c’est trop tard 
taraudée 
marathon 
toujours trop 
mais tant que 
par la voix 
parcheminent 
mes écrits 
donc je ris 
donc je crie 
ça j’écris 
    
  
J’écris 
par Rimbaud 
Baudelaire 
Sigmund Freud 
Paul Verlaine 
Franz Kafka 
Gertrude Stein 

B. Heidsieck 
Marcel Schwob 
Bobillot Robbe-Grillet 

Diderot 
Jean Bodel 
Jean Racine 

Jean-Baptiste 

Poquelin 
dit Molière 
et Montaigne 
Mallarmé 
Marguerite 
Moreno 
Marguerite 
de Navarre 
et Turold 
  
    
J’écris 
de par qui 
de par quoi 
de partout 
de parmi 
depuis tant 
de toute part 
de jadis 
de sitôt 
de tout coeur 
de mon sexe 
de savoir 
de vouloir 
de penser 
d’un certain 
ton de dire 
de la vie 
de ce que 
de chez moi 
de mon âge 
de ne plaire 
d’accommo- 
der ma face 
de mots mauves 
d’idées fauves 
c’est-à-dire 
d’idées rauques 
animées 
  
… 
Début du poème inédit J’écris par la bouche

Poème du petit Poucet

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Il était une fois Sylvie Nève… par Hervé LEROY

Un plaisir pour dormir d’une oreille
A mains nues… La voix.

Depuis plus de 25 ans, Sylvie Nève vit et travaille à Arras, ville-berceau de la poésie française entre Jean Bodel, Baude Fastoul et Adam de Halle. Poète, médiéviste, psychanalyste, son travail actuel la mène autant à mettre en vers le Petit Poucet, Barbe Bleue ou Peau d’âne, qu’à écrire sur la chanteuse égyptienne Oum Kalssoum et sur Gaza… « devenu un bruit du monde ».
Depuis 1978, Sylvie Nève donne à entendre ses textes sur scène, dans les théâtres, les musées ou les lieux les plus insolites. Partout, elle impose une douce et violente présence. Celle de la poésie. Celle d’une femme qui n’abdique rien. Le poète gratte le réel, gratte encore, s’obstine, sollicite les possibles, va jusqu’aux limites de la corde tendue, cherche le sens de chaque mot dit. Tout est à revisiter.

Il était une fois
cailloux, père, mère
il était une fois
pire, peur, silex
il était une fois…

Dans Poème du petit Poucet, Sylvie Nève, écrit, réécrit, revisite « le conte d’un qui, ne dort pas, qui n’en démord pas de vivre. » Son petit Poucet est une scansion, une ode à l’ouïe, une pulsion vitale, un sauve-qui-peut-les-mots.

Petit Poucet pas rêveur n’égrène plus
cailloux, père, mère
son stratagème, son terrible stratagème
l’empêche de s’endormir.

Cailloux au fond des poches crevées, les mots semés sont la revanche du plus petit qui n’avait pas voix au chapitre. Revanche du condamné d’avance, du perdu, du méprisé, du laissé pour… compte.
Le conte de Perrault, dans la forme et dans l’histoire, est scrupuleusement respecté. L’écriture est tonique, drôle, grinçante. Résolument moderne.
Sylvie Nève procède par escaliers, par analogies, par sauts de chaîne. Belle mécanique d’une poésie qui se met en branle. Poème ou conte expansé. Le recueil se lit d’une traite. Nadia Anémiche qui signe la mise en page y apporte sa pierre. Complice et facétieux, un petit caillou rouge accompagne le lecteur au fil des pages. Petit soleil qui finit par disparaître… dans la nuit l’au-delà du conte.

Il était une fois des bottes, des lettres
l’argent de lettres beaucoup d’argent
il était une fois mère, père, cailloux
il était une fois
grandes bottes petits cailloux
il était une fois
il était une fois.

Poème du petit Poucet. Sylvie Nève. Editions trouvères et compagnie. 218 rue Solférino. 59000 LILLE. Prix : 9 euros.

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